Première esquisse d'une chronique de ma dispersion, de mes égarements, des choses manquées - tout cela flotte encore autour de moi depuis des décennies de mémoire active : ce projet réside dans le rapprochement d'écrits cachés (jusqu'en 2010) avec l'arrivée de photographies (à partir de 2005) singulières, anciennes ou nouvelles, dispersées au fil de ma vie. En faisant mienne une revendication de l'éparpillement comme plénitude, je mobilise une cohérence paradoxale et insoupçonnée : dans cet éparpillement, tout tient, mes images et mes mots, voués à être rassemblés dans un même champ. Je ne souhaite pas remettre de l'ordre dans l'éparpillement, mais révéler en quoi il s'apparente à une stratégie de protection organique et garante de ma liberté. Aujourd'hui, je lui confère une capacité à faire renaître sous une autre forme ma compréhension du monde. 
Ce sentiment d'éparpillement a toujours été une condition préalable à ma créativité, mais il n'était pas “repéré” en tant que tel. J'opère depuis quelques temps une nouvelle perception de mon travail personnel de photographe et je fais émerger de l'ombre un corpus de textes, en les mettant en rapport avec mes images, dans leurs accidents, leurs éclatements, leurs fragments. Je cherche un système de signes enfouis. 
L'acte de tout mettre sur la table et de la renverser est la condition pour explorer comment ces deux entités, mon écriture et ma photographie, peuvent physiquement faire connaissance : par superposition, surimpression, juxtaposition, fusion, déchiquetage, raccommodage, collage, floutage, effacement, rature ou tout autre procédé physique et numérique de mise en forme et d'élaboration d'une nouvelle écriture sensible, visuelle et plastique.
Recherche, tâtonnement et expérimentation en cours
... et pars, pille, mens !

le quart d’heure cardiaque des météores de mon coeur
traverse l’arceau doré de tes iris pers,
y découvre, derrière, une nappe liquide de larmes
que survole la torpeur
et j’attache 
la spirale encore ascendante de désirs
en une rouge douceur
au bord d’une brûlure de lèvres
fin de ma rancoeur


je me souviens que j’ai bu un grand verre d’eau.
“je me souviens” est encore si proche
de l’instant vécu au moment où je l’écris.
il faut que cela reste comme ça tout proche du présent.
je me souviens que tu étais là ce matin


envie d’être ailleurs pendant quelque temps : oui
dégagée des contraintes : aussi
oublier les préoccupations matérielles (factures, impôts, remboursements) : carrément
j’adorerais : qu’on me propose un truc dément et y croire et oser le faire.
j’aimerais bien : me dire qu’on s’en fout du boulot, me trouver dans un endroit
au climat doux et être là, c’est tout
J’adorerais par-dessus tout : accorder mes contraires


moi j’aime l’inconnu
c’est pourquoi j’aime les étrangers
ceux qui viennent d’ailleurs
j’aime aussi venir d’ailleurs pour quelqu’un
d’ailleurs


i am a white accordeon, broken inside
blowing hard sounds, waiting to become a harp
and then a woman again


ô saison, ô maison, mon toit est un ciel bleu sans faille
la chaleur scintille dans mes larmes de joie
splendeur du soir, grandeur du matin,
crépuscule solaire, le midi se galbe


nuits de juillet, heures d’août
étendez-vous en moi à l’infini
ceci est mon plus grand poème
d’amour pour toi


elle reste ainsi avec les creux et les pleins de ses traces, les indices de sa présence.
au sommet, un scintillement se met à vibrer, venu du coeur, du centre, du bas,
unifiant l’espace dans une enveloppe de brumes.
il est déjà loin, ne s’est pas retourné
et n’a pas vu crépiter les atomes derrière les brumes.

un deus ex machina m’a conduite à l’exaltante exfiltration de l’anxiété,
à ma propre exonération de l’angoisse.
un bon génie expérimenté n’est pas exclu.
il a suffi qu’il s’exclame : « finis-en avec ton exil,
sors de la bouteille de l’imaginaire,
l’exode des experts n’a que trop duré ! ».
de mes mots, j’accélère le flux sans accepter
l’exiguïté des heures dépourvues d’élections extraordinaires.
contradiction : après l’amnésie
je déclare que je me souviens de tout,
même des premières heures passées ensemble.
lendemain : la joie, il est là
des lignes se tracent pour moi dans le quartier
et la suite jour par jour que j’attraperai jamais


la première chose est de ne pas trahir
entre la souvenance et la traduction
peu de mots
tout peut disparaître
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