Entre 2014 et 2017, j'ai parcouru Lisbonne et ses périphéries à pied et en transports publics, suivant les lignes du Tage et les mouvements anonymes de ceux qui l'habitent ou le traversent.
On est au bord du Tage. On s'écarte vers les extérieurs de la ville, parfois plus loin dans le pays. On repart vers le fleuve, on le longe, on s'en éloigne, on le traverse.
La marche et l'usage des transports en commun, l'expérience de l'attente sur des lignes régulières, transportent le regard dans la ville sans itinéraire précis. Au bord du fleuve des intranquilles, des présences apparaissent puis disparaissent : fantômes croisés, souvent anonymes. Cette déambulation se déroule au contact d'inconnus frôlés, aperçus, parfois suivis du regard.
J'étais doublement étrangère : à moi-même et à ce pays marqué par les déplacements, les départs et les déracinements. Les insignifiances d'une ville indifférente à ma présence sont devenues le prétexte de mes parcours dans ses quartiers excentrés, parfois désolés. Dans ce récit photographique à la fois intime et ouvert à l'autre, subsiste le sentiment d'une perte irréparable.
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